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Eve Mongin
Perugia, Italie - Française

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Roberto Saviano en bas de chez moi

Grand évènement à Pérouse à l’occasion du festival du journalisme organisé dans ma ville pour la quatrième année consécutive.
De très nombreux journalistes, autochtones ou étrangers, célèbres et moins célèbres, se sont succédé pour participer à des débats-conférences sur les thèmes les plus variés (Jean Quatremer de Libé était présent), dans les magnifiques salles baroques des théâtres de Pérouse, toujours pleines à craquer.
Mais un invité (de dernière minute) a rameuté les foules et marqué les consciences, réussissant l’exploit d’éclipser celui dont la venue devait être l’évènement du festival, Al Gore himself. Roberto Saviano, l’auteur désormais mondialement connu du livre Gomorra, dont a été tiré le magnifique film homonyme (grand succès en Italie), est intervenu samedi soir.

Saviano, à peine trentenaire (il est né en 1979), est condamné depuis la sortie de son livre il y a quatre ans et son succès incroyable en Italie comme à l’étranger, à une vie de reclus, vivant sous escorte permanente et menant une vie errante et solitaire. Amaigri, vieilli prématurément, une calvitie galopante, il est devenu malgré lui le symbole de la lutte contre la mafia et de la dénonciation de ses méfaits et de la banalisation de sa présence en Italie. Les mafieux ont fait savoir qu'ils entendaient le lui faire payer au prix fort.

Saviano, un symbole mais aussi une Cassandre qui, comme de bien entendu, n'a pas l'heur de plaire à tous... Une polémique était déjà née en octobre 2009, après les déclarations du chef de la squadra mobile (brigade mobile) de Naples, Vittorio Pisani, qui avait mis en doute la nécessité de maintenir son escorte, invoquant l’absence de preuves des menaces de mort qu'il aurait reçues… Le syndicat des journalistes (à quelques notables exceptions près) et les magistrats spécialisés dans la lutte anti-mafia se sont mobilisés en sa faveur, confirmant l’existence et la réalité des menaces dont il a fait l‘objet depuis la sortie du livre, révélées notamment lors de procès récents, et l’importance du rôle qu’il a joué dans la prise de conscience par l’opinion publique de la gravité, de la banalité du phénomène mafieux et de la nécessité de briser l'omertà.

Les lectures de Gomorra dans les théâtres ou sur les places publiques, l’appel de plusieurs prix Nobel en sa faveur en octobre 2008, auquel se sont ajoutées plus de 250.000 signatures de gens "normaux", la citoyenneté d’honneur qui lui a été conférée par de nombreuses villes italiennes, les écoles qui ont sensibilisé leurs élèves au phénomène, le ras-le-bol des petits entrepreneurs du Sud qui ont commencé à dénoncer les extorsions... sont autant de témoignages de l'impact extraordinaire du livre dans la société italienne.

Un commentaire récent du Président du Conseil lui-même a fait grand bruit, repris dans tous les journaux. Commentant les opérations menées par son gouvernement contre les mafie (napolitaine, calabraise, sicilienne…), Silvio Berlusconi a déclaré que, bien que la mafia transalpine ne soit "que la 6ème au monde", elle est la plus connue grâce au "support promotionnel" dont elle a bénéficié, à cause notamment d’une série télévisée "La pieuvre", qui a connu un grand succès mondial et grâce à Gomorra (publié par une maison d'édition possédée par sa famille, Mondadori) et "tout le reste". Cette médiatisation aurait ainsi contribué à renforcer les jugements négatifs dont fait l’objet l‘Italie….

Ces propos ont provoqué des réactions très vives, toutes en faveur de Saviano, qui s'est dit stupéfait, relevant qu'un cancérologue qui cherche à prévenir les cancers n'est en général pas l'objet de la vindicte populaire... D’aucuns n'ont pas manqué de relever que la Cour de cassation venait de confirmer l’ordonnance du Parquet de Naples visant à arrêter le député Nicola Cosentino, également sous-secrétaire à l’économie du gouvernement Berlusconi et ex-candidat au poste de président de la Campanie, pour collusion avec la Camorra. Il a récemment démissionné, même si les députés de la majorité de droite avaient refusé de lever son immunité parlementaire en décembre dernier.

Tous ont également en mémoire, à l’occasion des dernières élections régionales, les nombreux reportages et articles consacrés aux votes achetés dans la région de Naples: les Italiens ont ainsi appris que la voix d’un électeur, comme l’ont révélé les informations judiciaires ouvertes par le Parquet de Naples, valait en moyenne entre 20 et 50 euros ou au mieux un emploi pour les électeurs chômeurs… Saviano avait d’ailleurs proposé - et pas sur le ton de la plaisanterie - de faire surveiller les élections dans sa région natale par les casques bleus onusiens...

Ému, cherchant ses mots durant les premières minutes de son intervention, il s’est longuement exprimé samedi soir, devant un public composé en très grande majorité d'étudiants, qui l’ont écouté religieusement (après avoir fait 4 heures de queue, 600 chanceux ont pu rentrer et 300 l'ont vu dehors sur un grand écran).

Al Gore a ensuite fait bonne (et un peu pâle) figure à ses côtés, discourant sur la nécessité et les difficultés de pratiquer un journalisme vraiment indépendant, faisant l'éloge de certains journalistes italiens, promouvant sa chaine de télé Current TV et s’étonnant du fait que tous les talk show d’actualité aient été interdits en Italie un mois avant la tenue des dernières élections…

Après avoir plaisanté sur les santiags d'Al et avoir discuté avec quelques spectateurs au grand dam de son escorte, Roberto Saviano s’est éclipsé, entouré de ses 7 gardes du corps vers un "lieu tenu secret"...

http://andiamo.blogs.liberation.fr/mongin/2010/04/grand-%C3%A9v%C3%A8nement-%C3%A0-p%C3%A9rouse-%C3%A0-loccasion-du-festival-du-journalisme-organis%C3%A9-dans-ma-petite-ville-pour-la-quatri%C3%A8me-an.html#more

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